Le fleuve me l'a dit : tout revient. Et toi aussi Samana, tu reviendras.

Le fleuve me l'a dit : tout revient. Et toi aussi Samana, tu reviendras.

" Après être demeuré ainsi longtemps devant la porte du jardin, Siddhartha se rendit compte de la folie qui l'avait poussé jusqu'en ces lieux ; il comprit qu'il ne pouvait lui être d'aucune utilité et qu'il ne devait plus s'attacher à lui. L'amour qu'il éprouvait pour le fugitif était, dans son coeur, comme une plaie saignante ; mais s'il en souffrait il sentait aussi qu'il ne devait pas l'élargir, mais la laisser s'épanouir et rayonner en lui.
Il était profondément attristé que cela ne se produisît pas dès maintenant. Au lieu du but qu'il désirait ardemment atteindre et qui l'avait attiré à cet endroit, il ne voyait plus auto
ur de lui que le vide. Accablé de tristesse, il s'assit. Quelque chose mourait encore dans son coeur, où le néant s'installait, où aucune joie n'habitait plus ; et devant lui, aucun but vers lequel il pût se diriger. Abîmé dans ses pensées il demeura à la même place et attendit. Attendre, patienter, écouter, c'est ce que le fleuve lui avait enseigné. Et il restait assis ; il écoutait, dans la poussière du chemin ; il épiait son coeur si affligé et si las, il attendait qu'une voix lui parlât. Il passa ainsi des heures, sans qu'aucune image se présentât à son esprit ; perdu dans le néant, il s'abandonnait, se laissait sombrer. "

# Posté le vendredi 03 avril 2009 13:45

Modifié le vendredi 03 avril 2009 16:45